La Pause Café

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Octobre 2002
Les premières chartes, les premiers contrats

Aperçu des premières chartes
Les premières chartes de pays, ou projet bien avancés , présentent des préoccupations que l'on pourrait qualifier de sociétales tant elles correspondent à des demandes croissantes des élus comme des professionnels ou des associatifs : développement socio-économique, organisation des services publics, la gestion durable de l'espace. Des différences régionales sont notables, du fait des problématiques particulières (montagne, littoral, rural enclavé, périurbain étendu…), des besoins de différencier son territoire, et parfois des "figures imposées" par la région, selon sa stratégie territoriale.
Dans tous les cas, le pays annonce sa consécration par sa capacité à développer deux préoccupations majeures : la territorialisation des politiques publiques et l'importance des démarches de proximité (information, participation, services). Les territoires sous pression urbaine développent particulièrement les domaines de la gestion de l'espace, des équipements, des transports ainsi que du développement socio-économique. Les territoires du "grand rural" se tournent plus vers les services aux personnes, le maintien des services publics et des commerces de proximité, la qualité de vie et la promotion du territoire. Si les territoires urbains comme ruraux doivent faire face à des tendances problématiques voire critiques (urbanisation sauvage, ou désertification) les territoires péri-urbains sont ceux qui rencontrent le plus d'exigences :  offre de logement, de transport, d'équipement, de loisirs, de commerces et de services publics en même temps que qualité de vie, services à la personne, loisirs. Ils doivent gérer l'éloignement de l'agglomération (moins de services et d'équipements) tout en subissant les inconvénients environnementaux et de transports et doivent satisfaire les normes urbaines. Les pays défensifs ne sont de fait pas les mieux lotis.
La difficulté de réaliser un document à la fois complet et clair, assez détaillé pour permettre la contractualisation, et pas trop technique pour qu'il puisse être discuté par le conseil de développement semble devoir concilier l'inconciliable. C'est pourquoi cet exercice est - trop - souvent compris comme un acte administratif ou technocratique dont la charge est remise à un cabinet extérieur, mandaté parfois sur un cahier des charges approximatif avec des délais serrés.
Les pays ayant une certaine ancienneté, ayant des équipes constituées et un partenariat appuyé sur des structures pluripartites partenaires du pays (comité de bassin d'emploi, comité d'expansion, agence de développement) présentent des projets plus étoffés, dont la réalisation est plus intégrée.
Même si on pouvait parfois en attendre mieux, les chartes révèlent des efforts de prospective réels et en tout état de cause remettent en cause tout approche sectorielle ou parcellaire comme l'a trop souvent été le développement local. L'excès inverse rend aussi à se dissiper, et si l'on voit encore quelques catalogues de meures en patchwork, les pays sont sortis du mythe du grand projet structurant qui apportera la réponse à tous les problèmes du territoire.
La valeur ajoutée du pays
À l'aune du maillage territorial en pays, on peut supposer un réel succès de la politique de pays, d'autant que les volontés d'utiliser pleinement ce cadre permettant l'expérimentation sont très fortes. De fait, quel que soit le type de politique menée, les pays ont acquis de leur intervention une légitimité indéniable aujourd'hui.
Elle est issue de la constitution d'une masse critique, combinaison de la satisfaction des besoins locaux et des rendements d'échelle. Le portage politique fort a d'ores et déjà permis de faire aboutir des actions au partenariat complexe. Ce partenariat, réuni à toutes les échelles (élaboration du projet, maîtrise d'œuvre, financement) permet de lever les écueils de la sectorialité.
La réalisation du diagnostic avec des partenaires permet de repérer des nouveaux besoins et de mettre en adéquation les services déconcentrés et les besoins locaux. La mobilisation de moyens supplémentaires (par contrat ou effet de seuil pour les fonds européens) permet la réalisation de projets spécifiques ou à plus vaste échelle. Enfin, l'initiation de nouveaux partenariats, notamment avec la société civile, apporte des solutions nouvelles. "Conçus comme des plates-formes de négociation, les pays n'apportent leur "plus-value" à notre paysage institutionnel complexe que s'ils parviennent à remplir ces fonctions nouvelles d'intermédiation et d'ingénierie territoriale." 
Toutefois, tous ces éléments, hautement positifs pour les pays et l'impact que pourraient avoir leur charte doit être nuancé par la complexité de certains domaines, notamment en termes réglementaires. Dans cet environnement, et suivant le positionnement du pays, il peut être le moteur d'une facilitation des procédures et des articulations entre les niveaux d'intervention, ou un énième acteur dans le millefeuille institutionnel sur une problématique déjà traitée par plusieurs collectivités ou organismes.

Quelles perspectives sur les chartes de pays ?
On peut craindre que la qualité du projet puisse passer au second plan dans des contrats d'opportunité (persistance de logiques sectorielles, sympathies politiques, contrer les agglomérations importantes…). Toutefois, les impératifs de définition du périmètre, partenariat élargi et pérennisé par le conseil de développement, la nécessaire création d'une structure, la technicité du programme d'action et de l'ingénierie financière, l'évaluation… devraient diminuer la proportion des pays d'aubaine, qu'Yves Morvan nomme les "terroirs-caisse". La plupart des pays aujourd'hui semblent être aptes à signer de bons contrats. Même si la course au contrat et le syndrome du premier servi mettent parfois à mal le temps de maturation qu'exige la formulation du projet de territoire, étape incompressible de la démarche.
Si définir dès à présent les impacts de la politique de pays relève de la gageure, il est possible d'identifier les risques qu'elle encourt, et les facteurs qui la favoriseraient.
Les retards dans la contractualisation font apparaître le poids important des aléas politiques et des besoins de clarification des procédures (notamment au niveau régional). Un enlisement des démarches est susceptible d'en résulter, suivi d'une démobilisation du partenariat, et d'une mise en sommeil des démarches avancées, le risque final étant de faire apparaître le pays comme un dispositif sans moyens et sans capacité d'infléchir les stratégies et les pratiques. Les atouts apportés par les pays, particulièrement la fédération des communautés et l'innovation par le conseil de développement, ainsi qu'une opérationnalité plus rapide des actions pourraient pâtir d'un manque d'accompagnement. Si les dispositifs d'appui font défaut, il est possible que se façonne un développement à deux vitesses, différenciant les territoires pauvres et inexpérimentés de ceux qui bénéficient de pratiques anciennes, de ressources humaines et d'un portage politique fort.

Septembre 2002
Le GIP pour porter le pays

La LOADDT introduit des modifications substantielles dans la procédure de constitution des pays : reconnaissance du périmètre des pays en deux temps, création obligatoire d’un conseil de développement, possibilité de contractualiser avec l’Etat, la région, voire le département, dans le cadre des contrats de plan Etat-région. Mais les pays désireux de passer contrat devront impérativement se doter d’une organisation juridique de droit public. Soucieux de laisser une large latitude d’organisation aux collectivités locales formant le pays, le législateur a retenu plusieurs options parmi lesquelles le GIP de développement local. Formule mal connue des responsables locaux, plus habitués aux établissements publics de coopération « classiques » type syndicat mixte, elle suscite de nombreuses interrogations. S’il est clair que la philosophie qui sous-tend les GIP paraît parfaitement s’accorder avec celle des pays, à savoir un partenariat public/privé approfondi au service d’un territoire, il n’en demeure pas moins que cette nouvelle formule soulève de nombreuses questions sur le plan juridique.

Les raisons d’être du GIP-DL : offrir une formule souple pour l’organisation des pays.
Eu égard aux insuffisances de la formule associative, notamment dans l’hypothèse de la gestion de fonds publics, le législateur a cherché à mettre en place une structure intermédiaire entre l’association et l’établissement public de coopération type syndicat mixte. C’est pourquoi il a créé un GIP « sur mesure » pour les pays, dont l’objet est d’exercer des « activités d’études, d’animation ou de gestion nécessaires à la mise en œuvre des projets économiques, sociaux, environnementaux, culturels et touristiques d’intérêt collectif prévus par la charte du pays ».
Le GIP-DL présente un certain nombre de caractéristiques spécifiques par rapport au « droit commun » des GIP tel que défini par l’article 21 de la loi d’orientation et de programmation pour la recherche et le développement technologique du 15 juillet 1982. En effet, il ne comprend pas de commissaire de gouvernement en cohérence avec le souci du législateur d’en faire une formule souple dans son fonctionnement et conforme aux principes de la décentralisation. Par ailleurs, l’approbation de la convention constitutive est déconcentrée au niveau du Préfet de région, ceci afin, d’une part, de réduire les lenteurs induites par l’approbation ministérielle et, d’autre part, de faciliter un travail coopératif entre les acteurs du GIP et les services préfectoraux. Enfin, il est obligatoirement soumis aux règles de la comptabilité publique.
On constate aujourd’hui que si une majorité de pays ont fait le choix du syndicat mixte, la formule du GIP connaît un succès certain auprès des responsables locaux. La DATAR mise à terme sur la constitution d’une cinquantaine de GIP de développement local.
Les raisons de ce choix se trouvent principalement dans la recherche d’une structure légère, a minima. La formule du syndicat mixte, qui est dans la plupart des cas la principale alternative et que les élus connaissent bien, leur apparaît contraignante et lourde. C’est pourquoi ils se tournent vers le GIP de développement local, dans le but de mettre en place une structure souple de conception et d’animation de projets, permettant d’associer les partenaires privés. Limités dans le temps, les GIP se rapprochent non de la mise en place des structures de coopération intercommunale, puisque celles-ci ont vocation à la pérennité, mais bien plutôt du phénomène des « administrations mission ».


L’avenir incertain du GIP-DL : les problèmes juridiques relatifs à son objet et à son fonctionnement.

L’objet du GIP pose problème dans la mesure où il est à la fois limité et imprécis. Limité du fait qu’il semblerait ne pas pouvoir assurer la maîtrise d’ouvrage d’opérations lourdes d’aménagement à l’échelle du pays et qu’il n’a pas vocation à prendre en charge le Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT) instauré par la loi du 13 décembre 2000 sur la solidarité et le renouvellement urbains (SRU). Imprécis dans l’étendue de sa compétence de gestion et dans l’organisation de son articulation avec les missions du conseil du développement : nombre de pays intègrent le conseil de développement dans les instances décisionnelles du GIP ; certains vont même jusqu’à lui donner les missions d’études ou d’animation relevant d’après la loi de la compétence du GIP (Pays Val de Lorraine et Lunévillois).
Au niveau du fonctionnement, deux catégories de questions au moins se posent au GIP de développement local. Il ne dispose pas de ressources financières propres, ce qui peut à terme constituer un handicap certain. Surtout, la question du statut du personnel propre se posera avec acuité. D’après nous, la jurisprudence Berkani  s’applique : « les personnels non statutaires travaillant pour le compte d’un service public administratif sont des agents contractuels de droit public quel que soit leur emploi », sauf à démontrer que l’objet du GIP de développement local n’est pas un service public, ou est un service public industriel et commercial, dans la mesure où la qualification de personne publique expressément affirmée par la LOADDT et confirmée en 2000 par le Tribunal des conflits  ne saurait être mise en cause.

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Claire Bonnaves Legoux
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